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Dans Forum Opera : https://www.forumopera.com/spectacle/mysteres-sacres-ambronay/

Petits motets, grands bonheurs

C’est aujourd’hui le baptême – musical – de L’Assemblée, nouvelle formation dans le monde du baroque, à l’initiative de Marie Van Rhijn*, déjà reconnue comme claveciniste. Elle a réuni autour de ses deux instruments (car elle tient avec un égal brio le positif) quatre de ses amis musiciens dont la carrière est également amorcée avec succès : Josef Zak, violon ; Myriam Rignol, dessus et basse de viole bien connue ; Alice Coquart, remarquable basse de violon ; et Léa Masson, dont on découvre sa maîtrise du théorbe. On le sait, point ne suffit de réunir des instrumentistes, quelles qu’en soient les qualités individuelles, pour réaliser un ensemble. Or, sa cheffe écoute, dirige, chante et fait chanter chacun, équilibre, sculpte les phrasés, avec des articulations et une précision millimétrée des attaques qui laisseraient imaginer que l’ensemble travaille depuis une bonne décennie à parfaire son jeu. On pouvait redouter que la douzaine de pièces vocales para-liturgiques engendre la lassitude, sinon l’ennui. Avec deux pages instrumentales de belle facture, les motets programmés renouvellent les modes d’expression, les couleurs et les effectifs, de sorte qu’à aucun moment l’attention ne faiblit.

Trois solistes, connus et reconnus, ont été invités pour la circonstance : Marielou JacquardCyril Auvity et Thierry Cartier. C’est à la prononciation française du latin du temps qu’ont recours nos chanteurs. La taille, Cyril Auvity est dans une forme extraordinaire, voix ample et libre, la palette dynamique la plus large, d’une rare beauté d’émission et de timbre. Marielou Jacquard, dessus, d’une sûreté technique et stylistique assurée, allie le sens du phrasé à la clarté de la diction. Plus jeune, notre basse-taille semble manquer d’assurance lorsqu’il chante seul, rivé à sa partition, l’émission reste contenue et n’a pas encore la liberté, l’épanouissement attendus.

Inédits pour certains, rares pour la plupart, ces petits motets n’ont de modeste que l’effectif mobilisé. Faut-il rappeler que ces compositions pour le culte romain, presque toujours en latin, font appel à un, deux, trois solistes et à une basse continue. C’est au tournant du Grand siècle que le genre connaît son apogée, avec des centaines de compositions. Après une brève symphonie en sol mineur d’Henry Du Mont, ronde, équilibrée, riche en couleurs, animée, le programme s’ouvre sur le Credidi (psaume 116), du même, où alternent les phrases de plain-chant et celles réservées aux solistes et à la basse continue, avec un Gloria jubilatoire. Une des figures tutélaires de la musique religieuse du grand siècle (qui nous laisse 133 petits motets) impose ainsi le caractère du concert. Plus loin, après une allemande, introduite par le clavecin avant d’être reprise en tutti avec le positif, introduit une antienne pour la Sainte-Cécile, Est secretum, réservée aux voix de soprane et de baryton (dessus et basse-taille). Les deux motets nous parviennent d’une édition de 1662, et portent la marque d’une piété sincère, relativement austère, qui sera parfois démentie par l’évolution du genre.

De Louis-Nicolas Blondel, nous écouterons deux motets : la beauté radieuse des deux voix d’hommes du O Mater Christi (des Douze motets publiés par Ballard en 1671) nous régale. Plus tard, du même recueil, le psaume 117 (Laudate Dominum omnes gentes), pour dessus et taille, qui alternent avant de s’unir. Astier sera représenté par une antienne mariale, Regina coeli laetare, pour basse-taille, avec une basse de violon virtuose. Thierry Cartier paraît quelque peu en retrait et ses vocalises de l’alleluia, appliquées.  Du même Astier, dans le psaume 137 – Super flumina Babylonis – pour dessus, la cheffe se libère du clavier et anime la basse continue de la manière la plus convaincante. Marielou Jacquard s’y montre sous son meilleur jour, avec une joie exultante pour finir. Soli et duos (taille et basse-taille) s’enchaînent avec O misterium ineffabile de François Couperin (Lallouette avait illustré le même texte). Marc-Antoine Charpentier emprunte à la Vulgate (Romains 11/33) pour O altitudo divitiarum, motet pour la Trinité, chanté par nos trois solistes. Leur ensemble sonne fort bien, équilibré, pour une plénitude contemplative. De Pierre Robert, deux motets à trois voix, le Splendor aeternae gloriae, et le Memorare dulcissimus Jesu, sur lequel s’achèvera le concert, dans une plénitude fervente. Auparavant, le Globes d’airain, miroir mobiles, à 4 parties, de Pierre César Abeille, laisse perplexe. L’imitation du psaume 148, dans un français ampoulé (à cent lieues de celui de Marot ou de Baïf), une prosodie maladroite, et une voix de basse-taille dont l’assurance n’est pas la première qualité interrogent. La musique, descriptive à souhait, paraît extérieure.

Nous avons réservé le meilleur pour la fin, bien que la pièce ait été au cœur du programme. Les motets de Sébastien de Brossard méritent vraiment la plus large audience : l’écriture de l’ample Silentium dormi est parfaite, génératrice d’émotion et de ferveur, tout autant que le texte (inspiré du Cantique des cantiques II/3). L’ Assemblée s’y révèle exemplaire. Ajoutez à cela l’interprétation inspirée qu’en donne Cyril Auvity, et vous avez toutes les composantes d’un bonheur partagé. Les auditeurs, qui jusque là avaient scrupuleusement respecté le silence entre les motets, ne peuvent contenir leur enthousiasme et, spontanément acclament les interprètes. Bon vent à toutes et à tous !* La jeune trentenaire, claveciniste, continuiste, cheffe de chant, a signé un enregistrement superbe, salué par Forumopéra, où « les » Stabat mater de Pergolèse et Vivaldi étaient complétés par d’autres pièces. Elle affiche déjà un riche parcours où elle est associée aux meilleures références. A suivre.

Dans Diapason : https://www.diapasonmag.fr/critiques/les-dames-du-samedi-ambronay-sacre-et-profane-41095.html#item=1

Les Dames du samedi : Ambronay sacré et profane

Par Jean-Philippe Grosperrin – Publié le 4 octobre 2023 à 10:04

L’après-midi, florilège de petits motets pour baptiser L’Assemblée, ensemble réuni par Marie van Rhyn. Le soir, Patricia Petibon et Héloïse Gaillard évoquaient en cantates les destins d’Agrippine (Handel) et d’Aliénor d’Aquitaine (Escaich).

  • Ensemble L’Assemblée

On se souvenait du Trio Dauphine (avec harpe) fondé par la claveciniste Marie van Rhijn. La voici à l’origine d’un autre ensemble, L’Assemblée, tourné pour son concert inaugural vers le genre du petit motet, ses méditations, sa poésie spirituelle. Intelligemment composé, de Dumont à Couperin en passant par Charpentier ou le mystérieux « Monsieur Astier, doyen de Bondésir », le programme évite la monotonie en variant les formations vocales (solo, duo, trio), en jouant du chatoiement de manières en dépit du cadre restreint. On entend même une pièce en français, Globes d’airain, miroirs mobiles, due au Provençal Pierre-César Abeille (mort en 1740).

Plastique collective

La cohésion des instrumentistes autour du clavier (orgue ou clavecin) laisse s’épanouir ces musiques. La plastique collective se signale dès le Regina cœli d’Astier, et dans le Super flumina Babylonis du même, le violon de Josef Zak dialogue bien avec le soprano éloquent et ferme, irréductible à la seule lumière, de Marielou Jacquard. Préludes et postludes, perméables aux changements de climat, d’éclairage, sont dignes enfin du titre du concert : « Mystères sacrés ».

Le mariage des trois voix n’est jamais pris en défaut de justesse ou d’équilibre. Cyril Auvity ravit. La malléabilité du son (et de l’âme) égale l’humilité souveraine du ténor, qui se fond magistralement dans les ensembles. L’attaque de l’élévation de Couperin (O Mysterium) est ineffable de douceur, comme l’épuration progressive de la prière dans O Mater Christi de Blondel. Le concert culmine avec le fantastique Silentium dormi de Brossard, chef-d’œuvre absolu, où les ressassements du texte (dérivé du Cantique des Cantiques) se tournent en extase. La conduite du discours, en accord avec les instruments, embrasse dévotion, sensualité, rêve jusqu’à faire perdre la notion du temps. Révérence et reconnaissance.

Critiques Stabat Mater de Pergolese – Vivaldi.

Si le pari était risqué, la réussite semble totale. C’est, à notre sens, une version qui ne tardera pas à s’imposer au rang des références incontournables que Marie Van Rhijn, l’Orchestre de l’Opéra Royal, Samuel Mariño et Filippo Mineccia nous offrent sous le label Château de Versailles spectacles.  

https://www.forumopera.com/cd/pergolese-vivaldi-stabat-mater-pour-deux-castrats-que-restait-il-a-faire

La claviériste française Marie Van Rhijn, dirigeant le tout jeune Orchestre de l’Opéra Royal (une douzaine de musiciens), est le guide spirituel et organique de cette réussite. Le Stabat Mater sonne ici comme un corps vivant, éclairé d’une lumière en faisant ressortir les courbes et les accents. Du début à la fin, pas de froide perfection, mais une vraie vision.

https://opera-magazine.com/news/pergolesi-vivaldi-stabat-mater/

Critique du récital Time Machine, British Harpsichord and British Clavichord Society, Janvier 2017, Londres.

Report BCS p1Report BCS p2

http://www.leducation-musicale.com/index.php/cds-dvds/101-marin-marais-dans-les-jardins-d-eurytus-marie-van-rhijn-clavecin-1cd-evidence-classics-evcd019-tt-70-41

http://www.crescendo-magazine.be/2016/02/heureux-clavecin/

http://www.quadrevisie.nl/jandekruijff/cd-recensies/m/marais-dans-les-jardins-d-eurytus-klavecimbelwerken-van-rhijn.html

http://www.musikzen.fr/clavecin-grand-siecle/

La Voix du Nord, 5 novembre 2014 : interview réalisée à l’occasion du 150e anniversaire du Conservatoire de Calais

Récital avec Cathy Bell, 8.10.2015, Handel House, Londres
http://theidlewoman.blogspot.co.uk/2015/10/raging-roland-cathy-bell.html

Madrigaux de Monteverdi avec Les Arts Florissants, 18.5.2015, Philarmonie de Paris
http://www.musebaroque.fr/monteverdi-madrigaux8-philharmonie/

Récital avec Randall Scotting, 22.03.2015, Handel House, Londres
http://theidlewoman.blogspot.co.uk/2015/03/recital-randall-scotting-and-marie-van.html